La Route des Sagards – 29 avril au 1er mai 2026
La météo était parfaite pour ma semaine de vacances et je me suis enfin décidé pour la Route des Sagards, parcours permanent qui se trouvait sur ma « To do List » depuis plusieurs années.

J’ai donc réservé en urgence 2 logements le mardi soir – mon idée étant de savourer et de profiter à fond des paysages et donc, de ne surtout pas rouler de nuit sur un parcours aussi remarquable.
J’en ai «scié» – Jour 1
Le réveil a sonné tôt afin de préparer ma sacoche pour ces 3 jours, une sacoche très allégée puisque le soleil devait briller non-stop.

Au départ, j’avais pour idée de prendre le train jusqu’à Soultzbach-les-Bains, et en jetant un dernier coup d’œil aux horaires matinaux de la ligne Colmar-Metzeral, j’ai vu que le train prévu s’arrêtait seulement à Turckheim et Munster.
Je suis donc parti de Colmar à vélo, ce qui faisait un petit échauffement matinal bienvenu avant de rejoindre la trace officielle au carrefour entre la D40 menant à Wasserbourg et la D43 qui monte au Col de Firstplan.
Il était 07H32 lorsque j’entamais le parcours. La route forestière menant au Ried s’est faite sans problème, dans la fraîcheur matinale, sans aucune circulation. J’ai rejoint le chemin des chalets prudemment avant la bascule sur Eschbach-au-Val.

Le tracé emprunte ensuite une jolie petite route sur les hauteurs de Stosswihr avant la traversée du village de Soultzeren et la douce montée du col du Wettstein.
La bifurcation vers les Hautes-Huttes est une belle option pour admirer la vallée d’Orbey et rejoindre les lacs (le Noir puis le Blanc) mais aussi, affronter le 1er vrai mur de l’aventure, même s’il n’est pas long.
Au col du Calvaire, c’est la route des crêtes avec l’enchaînement des Cols de Louschbach, du Bonhomme et du Pré de Raves. C’est après ce col que l’on quitte le Haut-Rhin pour les Vosges par la route forestière Jean-François Pellet, inspecteur principal des Eaux et Forêts qui sera exécuté par la Gestapo en 1944.
Je me régale sur ces petites routes en balcon surplombant les villages ou hameaux (Barançon – La Hardalle). Le col de Rovemont permet le passage de la vallée de la Meurthe à la vallée de la Petite Meurthe.
Je m’arrêterai à la colonie « Sourire de Reims » pour engloutir mon taboulé et rejoindre ensuite la route forestière Louis François, inspecteur des Eaux et Forêts, lui aussi fusillé en octobre 1944. La route des Sagards est également une route de mémoire.
Passage à proximité de la chaume de Sérichamps pour redescendre longuement vers la route du défilé de Straiture et rejoindre ensuite le col du Surceneux, Longemer, grimper le Poli, que je ne connaissais pas, et une portion de la route des 17 kilomètres pour plonger (presque au sens propre) vers le lac de Gérardmer. Je ferai une rapide pause pour un pâté Lorrain, coca, avec l’œil sur le vélo, ayant moyennement confiance au cadenas en bolduc confectionné gentiment par la boulangère.
Je repars tranquillement vers Liezey par la route forestière du Hautre, route toujours aussi agréable et à partir de la maison d’Annie (une adresse sympathique mais fermée en semaine), j’étais en territoire inconnu pour rejoindre Épinal.
Les difficultés de la journée étant derrière moi, c’est serein que je parcouru les 50 derniers kilomètres de ma 1ère étape par une succession de petites routes bucoliques, et une rentrée vers la civilisation plutôt agréable le long du canal de l’Est.
J’en ai «scié» – Jour 2
Après un passage à la boulangerie pour des viennoiseries et un pâté lorrain, un bon café dans mon logement Spinalien, je repris la route.
La trace nous tient soigneusement, dans la mesure du possible, à l’écart de la nationale 57 jusqu’à Jarménil. Après la traversée de la Meurthe sur un joli pont, la route s’élève. Le réveil musculaire est terminé. La route est encore chargée d’histoire puisqu’il s’agit de la route du maquis – maquis du Haut-bois et la sinistre embuscade de septembre 1944.
A Éloyes, je reviens aux fondamentaux (pâté Lorrain – Coca) avant d’attaquer une 1ère pente sérieuse et rejoindre la route forestière des Cuveaux. Vient alors la traversée de la forêt domaniale du Froissard, très agréable, dans un calme absolu, avant la descente vers le Col du Singe, et retrouver ensuite des petites routes en balcon très plaisantes jusqu’à La Forge.
Jusqu’ici, tout va bien ! Ensuite, débute une succession de passages de vallée en vallée, avec successivement, le Haut du Tôt, le col du Haut de Fouchure où j’engloutirai le 2ème taboulé transporté, le Col de la Burotte, le col de Morbieux, le col de la Sure et la montée sur le plateau des 1000 étangs, soit un enchaînement de 6 grimpées que je qualifierais de sérieuses et qui marquent physiquement le bonhomme.
L’arrivée au Monument du Poteau, marquant la limite des départements des Vosges et de la Haute-Saône est un vrai soulagement. Les quelques kilomètres de déambulation sur le plateau des 1000 étangs s’avèreront (presque) reposants et salvateurs malgré les quelques bosses. Le passage à la vierge de Reposou me fit sourire – en effet, tous les Avé Maria du monde n’allait pas engendrer une quelconque indulgence de la part de Simon REMY !

Arrivé à Servance, j’allais devoir affronter le plat du jour. Sur le papier, il restait assez peu de kilomètres pour arriver au Ménil – lieu de ma 2ème nuit – mais dans la réalité, il fallait gravir (probablement) la pire cochonnerie du coin, la grimpée au village de Belfahy (commune la plus élevée de Haute-Saône) par le hameau des Martins (4 maisons) et ses pourcentages à 2 chiffres, tant et si bien que le col des Chevrères depuis Belfahy sembla simple, voire facile !
Ce n’est pas dans la descente sur Miellin que la moyenne allait beaucoup remonter car la route n’est pas très bonne. Ensuite, il fallait regrimper vers le Haut-du-Them par la route Forestière Pierre Bach située au nord du village et fermée à toute circulation. Le revêtement s’y fait rare mais la traversée de la forêt domaniale de Saint-Antoine est extrêmement plaisante, même si cela monte en continu. Passage devant la verrerie qui, autrefois, fabriquait des vitres, des lustres et de la vaisselle en verre jusqu’en 1837 et arrivée au Plain des Bornes à 862m. Un court répit pour rejoindre le hameau de Belmont avant d’affronter un nouveau raidard pour rejoindre les Granges du Harderet.
Restait à rejoindre le col des Croix et filer vers le Thillot. Je dînerai dans une boulangerie qui fermait à 20h et comme le lendemain, c’était le 1er mai, j’ai eu droit en bonus à une salade Vosgienne et 3 pâtés Lorrain à mettre dans la sacoche de selle ce qui m’évitaient d’éventuels soucis logistiques pour le lendemain. J’aurais même pu partir avec un fraisier 6 personnes mais ce n’était pas simple à transporter !
L’arrivée à l’hôtel fût une délivrance. La journée avait été longue et difficile.

J’en ai «scié» – Jour 3
Je n’ai pas regretté d’avoir réservé un petit-déjeuner. L’hôtel Les Sapins au Ménil accueille très bien les cyclistes – il y a d’ailleurs de nombreux maillots dédicacés (dont un de Wout Van Aert) dans la salle du petit-déjeuner.
Charcuteries, fromages, œufs, j’ai pris un petit-déjeuner pantagruélique qui dura une bonne heure !
Le moral était au beau fixe. La journée s’annonçait une nouvelle fois ensoleillée et je savais que les pires difficultés étaient passées. Comme me l’avait dit Yannick la veille – un Sagard de la 1ère heure -, il fallait passer l’enfer Haut-Saônois.
Le début de journée commençait à nouveau tranquillement, par la voie verte jusqu’à Saint-Maurice- sur-Moselle. Ensuite, une nouvelle route en balcon permet de rejoindre Bussang et le théâtre du Peuple avant la grimpée du Col du Page par la station de Larcenaire. La suite est encore idyllique avec la route menant à la Chaume du Grand Ventron avec passage à la Baraques des places. Le parcours se poursuit avec les cols du Blockloch et de la Vierge (toute petite la Vierge !) avant de rejoindre la civilisation au col de Bramont et les vrombissements des motards – nous sommes le 1er mai.
Le lac de Kruth étant envahi de touristes, j’ai directement rejoint Saint-Amarin ou je me suis rassasié avec la montée vers le Col du Haag. Bizarrement, je l’ai trouvé moins piquante qu’habituellement, mais peut-être est-ce en lien avec les difficultés de la veille. Et concernant cette piste cyclable 4 étoiles luxe entre Geishouse et le col, je regrette l’authenticité et l’état brut de cette piste forestière telle que je l’ai connu avant la « macadamisation ».

Ensuite, ce fut ce que j’appellerai, une drôle d’histoire. J’avais la trace sur mon Garmin et j’avais une trace Komoot. Au Col du Haag, j’ai suivi mon Garmin et lorsque je me suis arrêté au Lac de la Lauch (je trouvais étrange de rouler aussi longtemps sur une route aussi fréquentée et avec un bon revêtement – Cortège de motards excités), j’ai jeté un œil à ma trace Komoot, qui était différente et rejoignait le lac du Ballon.

Je suis donc remonté au Haag pour redescendre sur le lac du Ballon. Chemin casse-pattes, un peu périlleux 😱 et 100% graveleux, ce qui semblait louche.
Ma trace Komoot me faisait redescendre ensuite en direct sur Linthal.
J’ai jugé que pour le coup, la trace Garmin était plus cohérente et j’ai donc rejoint la RF de Remspach.
Bref, un micmac pas possible que je n’explique pas car j’ai bien récupéré les 2 traces mais je ne sais plus où et quand 😅.
Fatigue, discernement altéré, toujours est-il qu’avec cette bévue, je n’ai pas fait 3.2 kms de descente de la trace officielle (lac de la Lauch à la route forestière de Remspach).
Pour en terminer, j’ai trouvé la montée du Boenlesgrab interminable (l’épisode de la confusion de traces y est probablement pour quelque chose). Au col de Firstplan, j’en avais terminé. Il restait à se glisser jusqu’au fameux carrefour. Il était 19H07. J’étais « Sagarisé » !
Merci à Simon REMY pour ce tracé exceptionnel, pour sa beauté et sa difficulté – très souvent debout sur les pédales et lorsque ce n’est pas le cas, debout sur les freins. Mais, je n’ai pas mis pied à terre sauf pour des photos !
Bon connaisseur des petites routes vosgiennes, j’ai encore fait de très belles découvertes. J’ai volontairement choisi l’option 3 jours afin de pouvoir en profiter un maximum et ne pas rouler de nuit afin d’en prendre plein les yeux.
J’ai eu la chance de profiter d’une météo royale – ciel bleu azur – avec des températures parfaites, de quoi profiter pleinement de l’explosion du printemps et de sa multitude de palettes de verts.
Pari réussi avec 26H26 de selle et 2 bonnes nuits réparatrices, 462 kms et 10849 de D+. Ces 3 jours resteront une aventure mémorable et un souvenir inoubliable. Un défi que je recommande sans réserve, sauf si :
- Tu aimes le trafic routier, le bruit, la foule, les revêtements lisses, la vitesse et les moyennes élevées.
- Tu détestes la forêt, les grenouilles, les biches, les lapins, les écureuils, les geais, les merles et les gros pourcentages.
